Les Sylvains, Coucool !

Il est des passages qui laissent une empreinte indélébile sur les voyageurs qui s'aventurent à en franchir le seuil. Coucool est de ces passages, ceux dont la traversée, d'abord, se construit sur l'attente, se nourrit d'impatience, aiguise le sens des préparatifs jusqu'à ce qu'enfin la main conductrice nous amène à l'endroit du rituel éphémère.

L'éphémère, ici, c'est la loi qui régit la mesure du temps et de l'espace. Un jour, éphémère, dont on nomme l'éclosion Eros, son éphéméride cyclique. Coucool est un territoire qui se construit pour un jour, duquel émane une puissance terrestre dont on ne cherche pas tant à nommer l'existence qu'à participer avec elle à l'émergence d'un totem collectif, l'intrigue symbolique d'une micro-communauté mue par ses désirs d'être bien ici et là, dont la construction infiltre le moindre recoin d'un site géniteur, et que chacun attend qu'il se dresse face à tous : la fête.

Notre installation concentre ces aspirations et leur donne corps le temps de ce passage dans le temps et l'espace. Le dispositif s'arrime à la structure propre du lieu, à la topographie de cet espace oscillant entre foret et jardin, clairière et cour de jeu. Répartis en différents points naturels du site, les Sylvains accompagneront les visiteurs du festival, les appelant depuis les niches qu'ils se sont fabriquées avec le temps, dans le partage symbiotique d'un lieu unique avec leurs cohabitants humains. Si leur présence est attestée de jour par différents indices, échos de voix sans source identifiables, jaillissements de cris d'alerte ou de joie en fonction de qui pénètre le périmètre de leur sanctuaire sylvestre, mirages lumineux s'extrayant de leurs insondables terriers, c'est surtout la nuit qu'ils se découvrent. Certains souvenirs nous rappellent encore qu'on découvrit un soir que ces créatures, dont on ne pu jamais précisément identifier le nombre ou même la forme des corps, s'en s'embarrasser de la présence des anciens occupants humains du site, avaient érigés un monument inédit dans l'enclave du domaine. Fait de lumière et de chant, ce monument s'élevait jusqu'aux cimes de l'autel qu'on découvrait alors, depuis lequel tout l'ordre du temps et de l'espace trouvait son sens : le rituel panique fit naître alors l'esprit d'un nouvel hôte, dont il nous revient de comprendre l'héritage : Eros.

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Les différentes illustrations sont réalisées par C. Nicolet